La double vie de l’éphémère
Qui n’a jamais rêvé de vivre plusieurs vies sous des enveloppes charnelles différentes? De se réincarner dans des corps inconnus pour goûter à des joies nouvelles?
Les insectes vivent cette exceptionnelle expérience. Parmi eux, les éphémères expérimentent à travers leur métamorphose une véritable double vie… ou plus exactement deux vies successives et totalement distinctes.

Dans l'eau
La larve qui sort de l’œuf est aquatique. Elle vivra plaquée sur les galets, enfouie dans la vase ou cachée dans les algues. Tous ses efforts tendront vers un but unique: manger, grandir, changer de peau, manger, puis grandir encore…
A l’échelle habituelle des insectes, la larve de l’éphémère va vivre une longue histoire. De mue en mue, sa croissance va durer des mois, voire des années.
Le moment venu, l’éphémère monte à la surface de l’eau, son petit corps gonflé frémit, son dos se déchire. Seconde naissance…

Dans l'air
En un bref instant, la larve d’éphémère vit une seconde et enivrante naissance. Elle troque ses vieilles branchies contre des ailes flambant neuves inaugurées dans la lumière du soir.
Les éphémères sont bientôt des centaines, parfois des milliers, à voleter au-dessus de l’onde. C’est un nuage, un tourbillon de neige qui s’abat bientôt sur les arbres riverains. Ce spectacle, de plus en plus rare le long de nos cours d’eau malmenés, témoigne à la fois de la force de la vie et de sa fragilité. Il est en même temps grandiose et tragique.
Les heures du gracieux insecte au corps arqué sont désormais comptées. Si la larve s’est préparée à son ballet aérien durant de longs mois, les forces patiemment accumulées vont s’épuiser en quelques heures dans une danse nuptiale frénétique...

Un cycle dans cesse renouvelé
Les éphémères vivent leur double vie depuis des millions de générations. Où le cycle commence-t-il? Choisissez le début dans l'illustration ci-dessous...

L’accouplement n'a duré que deux secondes. Les deux amants se sont déjà séparés, chacun poursuivant son vol dans une direction différente.
Les mâles impatients sont en avance. Ils attendent, en volant alternativement vers le haut puis vers le bas de façon caractéristique. C’est ce qu’on appelle le vol de patrouille.
Agrippé à son support végétal, l’éphémère se prépare pour une ultime métamor-phose.
les femelles qui ont elles aussi fini par muer sont attirées par ces nuages tourbillonnants. Leur corps alourdi par des milliers d’œufs se dirige tant bien que mal vers l’essaim.
En l’absence de mâles, les femelles éphémères sont capables de se reproduire toutes seules.
L’objectif du voilier débutant est simple: se poser le plus vite possible dans la végétation.
La danse des éphémères sera de courte durée. En quelques heures, ils consument les réserves accumulées durant toute leur vie larvaire. Goûter aux joies de l’amour, puis mourir, tel est leur triste sort.
En un bref instant, la larve d’éphémère vit une seconde et enivrante naissance. Elle troque ses vieilles branchies contre des ailes flambant neuves.
Les larves rescapées qui atteignent la surface demeurent quelques secondes à la frontière entre deux univers.
les éphémères sont parmi les insectes les plus féconds: une seule femelle peut produire de 1’000 à 12’000 œufs.
Les eaux déchaînées du torrent paraissent hostiles à la vie. Quelques éphémères ont pourtant relevé le défi.
Mue après mue, petite larve va devenir grande... La voici qui sort de son abri pour affronter la rivière au grand jour…
Cauchemar absolu: finir dans la gueule d’un ombre de rivière.
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Page last modified on 10 February 2003